Une nouvelle demande de transparence
Le 23 juin 2026, le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a proposé une initiative de transparence environnementale consacrée à l’intelligence artificielle.
L’objectif est simple sur papier : demander aux grandes entreprises d’IA de mesurer et de rendre publics les effets environnementaux de leurs systèmes, notamment leurs émissions de carbone, leur consommation d’eau et leur utilisation des sols.
Cette annonce survient pendant que les centres de données prennent une place plus importante dans l’économie numérique. Ces installations regroupent les serveurs qui stockent des données, entraînent des modèles d’IA et répondent aux requêtes des utilisateurs.
Pourquoi l’IA a une empreinte physique
L’IA ne fonctionne pas seulement dans le nuage
L’expression « dans le nuage » peut donner l’impression que les outils numériques sont immatériels. En réalité, les services d’IA reposent sur des infrastructures bien concrètes.
Il faut des puces, des serveurs, des bâtiments, des réseaux de télécommunications et une alimentation électrique fiable. Les équipements génèrent aussi de la chaleur, ce qui exige des systèmes de refroidissement. Selon les installations, ce refroidissement peut nécessiter de l’eau.
L’impact environnemental ne dépend donc pas uniquement d’un modèle d’IA. Il varie aussi selon le lieu où les serveurs sont installés, la source d’électricité utilisée, l’efficacité des équipements et les méthodes de refroidissement.
Les données disponibles sont encore incomplètes
C’est précisément le problème soulevé par l’ONU : les informations publiques ne permettent pas toujours de comparer clairement l’empreinte environnementale des différents systèmes d’IA.
Des entreprises publient déjà certains engagements climatiques ou bilans globaux. Toutefois, ces données ne permettent pas nécessairement d’isoler la part attribuable à l’IA, à un centre de données particulier ou à un service précis.
Cette limite complique le travail des gouvernements, des municipalités, des chercheurs et des citoyens qui veulent évaluer les effets réels d’un projet d’infrastructure.
Ce que l’ONU propose
Mesurer le carbone, l’eau et l’occupation des sols
L’initiative proposée par António Guterres invite les grandes entreprises d’IA à divulguer publiquement leurs impacts liés au carbone, à l’eau et à l’utilisation des sols.
Le secrétaire général a aussi demandé aux entreprises de s’engager à alimenter leurs centres de données avec de l’électricité renouvelable d’ici 2030.
Il faut toutefois faire une distinction importante : cette initiative est une proposition et un appel à l’action. Elle ne constitue pas, à elle seule, une norme internationale obligatoire ni une loi applicable automatiquement au Canada ou ailleurs.
Une demande qui vise surtout les grandes infrastructures
L’enjeu dépasse les applications d’IA utilisées au quotidien par le public. Il concerne surtout l’expansion rapide des infrastructures nécessaires pour entraîner et exploiter de grands modèles : centres de données, réseaux électriques, chaînes d’approvisionnement de semi-conducteurs et équipements de refroidissement.
L’Agence internationale de l’énergie prévoit que la consommation mondiale d’électricité des centres de données pourrait atteindre environ 945 térawattheures en 2030 dans son scénario de référence. Cette projection couvre l’ensemble des centres de données; elle ne mesure pas uniquement l’IA.
Des impacts concrets pour les collectivités
Pression possible sur les réseaux électriques
L’augmentation des besoins des centres de données peut exiger de nouvelles capacités de production et de transport d’électricité.
Pour les gouvernements et les fournisseurs d’énergie, la question devient alors plus large que l’IA elle-même : comment planifier la croissance numérique sans nuire à la fiabilité du réseau ni retarder d’autres besoins d’électrification?
Les réponses varient fortement d’une région à l’autre. Elles dépendent de la disponibilité de l’électricité, de la composition du réseau, des infrastructures existantes et des règles locales.
L’eau devient aussi un enjeu de planification
Dans certains centres de données, l’eau sert notamment au refroidissement des équipements. Cette consommation peut être plus sensible dans les régions touchées par des périodes de sécheresse ou où l’approvisionnement en eau est déjà limité.
Il n’existe toutefois pas une seule mesure universelle de l’empreinte hydrique de l’IA. Les résultats dépendent de la technologie utilisée, de la température locale, du type de centre de données et de la manière dont l’électricité est produite.
C’est une raison de plus pour demander des données détaillées et comparables.
Une question de transparence, pas seulement de technologie
La demande de l’ONU porte aussi sur la gouvernance. Une entreprise peut annoncer un projet d’IA, un centre de données ou des objectifs de réduction d’émissions. Mais sans méthode de calcul clairement expliquée, il demeure difficile de vérifier la portée réelle de ces déclarations.
La transparence peut aider à distinguer plusieurs réalités : une annonce, un projet pilote, une construction en cours et une infrastructure déjà en service.
Les limites et les incertitudes à garder en tête
L’empreinte environnementale de l’IA demeure difficile à mesurer de façon uniforme.
Les entreprises n’utilisent pas toutes les mêmes indicateurs. Certaines données peuvent être regroupées à l’échelle d’une entreprise entière plutôt qu’à celle d’un produit ou d’un centre de données. D’autres renseignements peuvent ne pas être publiés pour des raisons commerciales ou de sécurité.
Les projections sur la croissance de la demande électrique sont également des scénarios, et non des certitudes. Elles changent selon l’adoption de l’IA, les progrès en efficacité énergétique, l’évolution des puces et les décisions de planification énergétique.
Il serait donc imprudent d’attribuer chaque hausse de consommation électrique à l’IA seulement. Les centres de données servent aussi à l’infonuagique, au stockage, au commerce en ligne, à la vidéo, à la recherche et à de nombreux services numériques.
Une tendance à surveiller
La proposition de l’ONU illustre un changement de perspective. Le débat sur l’IA ne porte plus uniquement sur les capacités des modèles, les emplois ou la protection des renseignements personnels. Il concerne aussi les infrastructures physiques qui rendent ces outils possibles.
Pour l’instant, l’initiative annoncée le 23 juin 2026 n’impose pas de règles contraignantes. Son principal effet immédiat est de placer la divulgation environnementale au centre des discussions sur la gouvernance de l’IA.
La suite dépendra des engagements des entreprises, des décisions des gouvernements et de la capacité à établir des méthodes de mesure transparentes, comparables et vérifiables.